Ecrire un roman fantasy, ou comment se casser la tête

Publié le par Nimedhel

Illustration de Tolkien
Illustration de Tolkien

ouahaha! Me voici de retouuuur! Pour vous jouer de mauvais touuuuurs!
Un peu plus sérieusement, étant donné que je fais ma pause maintenant, je vais en profiter pour écrire un petit article sur, vous l'aurez deviné à partir du titre, la difficulté d'écrire un roman fantasy cohérent, cohésif et, surtout, qui déchire tout!

Tout d'abord, parlons du genre en lui-même. Le fantasy n'est pas du fantastique! Eh oui, le fantastique est un genre on va dire "classique" auquel on peut rattacher des œuvres comme Le Horla de Maupassant. La principale caractéristique de ce genre est l'introduction d'éléments surnaturels dans un cadre réaliste. La Fantasy - ou la Fantaisie, si vous préférez franciser - quant à elle, est un genre où l'on retrouve aussi du surnaturel, mais celui-ci est présent partout et relève parfois même du mythe (coucou Tolkien!). D'autant que, dans le Fantasy, le merveilleux n'est pas nécessairement une source d'angoisse comme dans le Fantastique, mais peut être accepté comme tel ou est source d'émerveillement à sa découverte (cf. Harry Potter). C'est un genre où on s'inspire des mythes (Tolkien), de l'histoire (K.M. Moning pourrait en faire partie dans sa série des Highlanders) des contes ou de la science-fiction (selon notre ami Wiki).

Evidemment, il existe plein de sous-genres de la Fantasy, et chacun a ses goûts et ses préférences. En anglais, on sépare le genre en deux catégories (ou trois, plus récemment): la high fantasy, la low fantasy et la middle fantasy. La high fantasy se passe dans un monde complètement imaginaire, la low dans le notre et la middle mêle les deux.

Si on veut se montrer plus précis, il existe plein de sous-genres qui se retrouve dans l'une ou l'autre , comme l'heroic fantasy, l'urban fantasy, la dark fantasy, etc.

Perso, mes préférés sont l'heroic (Tolkien, Robert Jordan), l'urban fantasy (KMM), la fantasy mythique (Tolkien) et arthurienne (Guy Gavriel Kay).

Bon! Arrêtons maintenant de parler théorie et attelons-nous plutôt aux étapes et aux difficultés qu'on peut rencontrer quand on écrit un récit fantasy. Parce que, je vous préviens, ce n'est pas évident, surtout si on veut faire ça bien!

Première étape: manier les règles du genre. Ah bah oui, comme dans tout genre littéraire, il y a des codes et des règles à respecter. Pour pallier à ça, ma solution: lire, encore et encore et encooooore jusqu'à comprendre ce qu'il faut et ne faut pas faire. Bien sûr, rien ne vous empêche de bousculer un peu les codes, sinon ça devient assez vide redondant et, surtout, cliché (coucou les fictions sur les loups-garous de Wattpad!).

Ce qui m'amène à la seconde chose à garder en tête: ne pas se perdre en clichés quand vous faites le plan de l'intrigue. Sinon, ce n'est pas intéressant! Quand on lit votre oeuvre, il ne faut pas qu'on ait l'impression de lire encore une énième fois la même histoire (comme les Rejection books de Wattpad).

Troisième problème: l'univers. Il faut créer un univers cohérent et cohésif. Pour ça, n'hésitez pas à passer du temps à réfléchir à quoi ressemble l'endroit où se passe l'intrigue, les lieux importants, faire des cartes, etc.

Il faut aussi penser au contexte socio-politico-historico-économique (beaucoup de particules, dans ce terme, et surtout, beaucoup de notions sur lesquelles plancher).

Ex: [SPOILER ALERT] Dans Underworld, les humains ne connaissent pas l'existence des lycans et des vampires, mais, dans leur société, les vampires sont des nobles et les lycans sont vus comme du caca, des esclaves, etc. Dans ce contexte, l'amour entre un vampire et un lycan est vu comme une hérésie, une horreur, une trahison. Les vampires sont riches, les lycans... bah ça dépend de quelle époque on parle! Voilà pour mon exemple de contextualisation.

Point suivant: les personnages. Comme précédemment, faites attention à ne pas tomber dans le cliché. Même si j'adoooore l'oeuvre de Tolkien, il faut admettre que certains de ses personnages tombent un peu dans certains topoi qui reviendront par la suite: les elfes trop parfaits, les orcs bi-dimensionnels, mais surtout, dans Le Seigneur des Anneaux, un héros insipide. Voilà. C'est dit. Je n'aime pas Frodon Sacquet! Autant j'adore des protagonistes tels que Bilbon ou Tom Bombadil (qui n'apparaît même pas dans les films, c'est trop nul!), autant Frodon... il est nul, c'est tout, hihihi!

Bref! Donc, faites attention à créer des personnages qui ont de la consistance, un caractère bien à eux, des qualités et des défauts, et, avant tout, la PYSCHOLOGIIIIE! Et ça, ça vaut pour tous les genres littéraires. Je ne supporte pas les personnages clichés qui ont en plus des réactions qui ne sont absolument pas plausibles!

Pour ce qui est des méchants: rares sont les personnes qui sont méchantes pour le principe d'être méchantes, il y a toujours des raisons derrière les actes, si stupides et horribles soient-elles.

Autre exemple à retenir pour toutes les personnes qui veulent écrire des histoires qui se passent dans une école remplie d'ados: les filles populaires ne sont pas toutes des pestes, et si elles le sont, elles ont des raisons! Et j'ajouterai aussi que je ne supporte plus ces personnages qui ne sont là que pour glorifier les petites Mary Sue si mignonnes mais si mal traitées... Ugh! Ca me donne envie de vomir, lol! Mais je m'égare...

Pour en revenir aux personnages, on dit toujours qu'il faut faire très attention aux personnages principaux, mais que les personnages secondaires, moins importants, ne nécessitent pas beaucoup de développement. Ca peut être vrai si le personnage n'apparaît qu'un court instant dans le récit, mais je vous conseillerais quand même de les développer autant que possible, leur donner leur personnalité, une histoire, et les rendre réalistes!!!!

Ensuite: quand les personnages sont créés, qu'on a le contexte, etc., il faut réfléchir au début l'histoire. Quelle va être la situation initiale? Qu'est-ce qui va débuter l'intrigue? Quel événement va déclencher l'aventure?

Il faut faire attention à la contextualisation du récit en tant que tel.

Sixièmement: l'intrigue. Quelles vont être les péripéties? Le but de l'aventure? Le personnage va-t-il être confronté à des embûches? Des doutes? Des situations qui vont le mettre dans une situation difficile psychologiquement ou physiquement?

Toutes ces questions doivent être posées, et doivent aussi permettre de faire évoluer les protagonistes. Ca peut aussi être un moyen de développer encore l'univers où se passe l'action.

En septième position des choses sur lesquelles se prendre la tête: l'écrituuuuuuuuure du premier jet. C'est une partie super importante de la création d'un roman fantasy, eh ouais.

La grosse question, à cette étape, est: quel style allez-vous adopter? Est-ce que vous allez nous la jouer à la Tolkien avec un style qui se rapproche plus du mythe, un petit peu pompeux sur les bords, ou bien allez-vous adopter une écriture plus moderne?

Huit: Les dialogues. Partie importante de la création d'une oeuvre littéraire, quelle qu'elle soit. Faites gaffe, les gens, parce que beaucoup d'écrivains en herbe on tendance à faire des dialogues qui ne sont absolument pas réalistes, mais plutôt irréalistes, et ça peut être une source de moquerie, voire ça peut carrément dégoûter les lecteurs, qui vont fermer le livre ou leur fenêtre plus vite que leur ombre!

Donc, selon le style d'écriture, l'époque où ça se passe, la société dans laquelle l'histoire se déroule, mais aussi les personnages en eux-mêmes... il faut créer des dialogues qui collent! Ouaip, le réalisme, c'est le vrai mot-clé, ici.

Horreuuuur, malheeeur, le neuvième point, ou comment vraiment avoir envie de se suicider/casser la baraque/jeter son ordi par la fenêtre/autre action violente: les nouvelles idées. Oui, parfois, vous êtes tranquillement en train d'écrire votre premier jet quand, soudain, une idée sauvage apparaît ! Qu'allez-vous faire? Fuir? Attaquer? Fouiller dans votre sac (ceci est une référence à Pokémon, si vous n'aviez pas compris)?

Oui, les nouvelles idées, ça fait partie du processus d'écriture aussi, mais, parfois, quand cette idée arrive et que vous en êtes déjà à 30 pages sur Word et que l'intégrer veut dire qu'il va falloir TOUT réécrire (c'est du vécu), parce que ça donne plus de sens à l'histoire et que ça ajoute un côté épique et qu'il faut ABSOLUMENT l'intégrer, bah, c'est pas cool. Bien sûr, vous aurez ainsi une meilleure histoire qui va tout déchirer, mais... il faut tout réécrire. Là, deux options s'offrent à vous: modifier simplement ce qu'il faut modifier en cours de route et du coup recommencer depuis le début de l'étape écriture du premier jet ou carrément faire un autre fichier pour la réécriture, comme ça vous avez deux versions de la même histoire, ce qui permet de comparer, et aussi de suivre la genèse de l'oeuvre.

C'est tout pour les étapes et conseils pour la création d'un roman fantasy, mais retenez en tête ces quelques éléments pour la réécriture/l'édition:

  • L'incipit (les premières pages du roman) est super important pour le lecteur. Il faut faire en sorte qu'un lecteur puisse se plonger dans l'histoire dès les premières pages, pour pouvoir garder son attention.
  • La place des descriptions. Je vous le disais plus haut, j'adore Tolkien et son univers, mais même si elles mettent des images magnifiques en tête, les descriptions de cinq pages m'ont beaucoup ralentie dans ma lecture. Quand vous écrivez votre histoire, il faut que vous portiez une attention particulière à la place des descriptions dans l'intrigue, et faire en sorte qu'elles n'engloutissent pas l'action non plus. Dans le cas du Seigneur des Anneaux, les descriptions sont longues et ralentissent la lecture, mais elles n'empêchent pas l'avancée de l'histoire. D'ailleurs, il est intéressant de noter que Bilbon le Hobbit n'a pas ce problème.
  • Les cliffhangers. Tricky question, comme qui dirait. Les cliffhangers (ou tout simplement le suspense) sont devenus une part importante dans la littérature et les séries. Souvent, sur des sites comme Wattpad, on voit apparaître du suspense à la fin de certains chapitres, et certains auteurs ont la fâcheuse habitude d'en mettre à la fin de leurs bouquins (pour enchaîner ensuite avec le livre suivant), ce qui donne au lecteur une attente, une excitation pour ce qui va suivre. Cependant, si vous voulez avoir du suspense, faites-le bien! Et n'en abusez pas. Parfois, la suite peut décevoir. Il n'y a pas besoin d'en faire des tonnes pour plaire!
  • La langue, l'orthographe, la grammaire et la syntaxe. LOGS pour faire court. LE truc le plus important quand on réécrit. Je pense que je n'ai pas besoin de dire pourquoi?

Un dernier conseil: quand vous avez fini votre premier jet, et que vous voulez vous auto-éditer/publier, faites appel à des lecteurs bêta! Ils peuvent vous donner des idées. D'ailleurs, si vous en avez les moyens, contactez un correcteur/éditeur indépendant. On ne voit pas toujours ce qui manque, ce qui ne va pas, ce qu'il faut retravailler.

Bien sûr, la plupart des astuces sont aussi valables pour d'autres genres littéraires, mais il faut bien avouer que la Fantasy est un genre où il faut fournir quand même pas mal de travail comparé à d'autres!