Opinion - Trois sujets autour de la femme

Publié le par Nimedhel

Ces derniers temps, les articles sur la femme - revendications d'égalité, harcèlement de rue, culture du viol et slut-shaming - fleurissent dans les médias. Cela me pousse à réfléchir sur ma condition en tant que femme, sur la manière dont mon genre influence mon quotidien. Et parfois, ces réflexions ne sont pas très reluisantes pour la société. Parce que oui, être une personne de sexe féminin, ce n'est pas toujours évident. Je vais aborder surtout trois problèmes majeurs de notre société: le harcèlement de rue, la culture du viol et le slut-shaming.

 

La première chose qui me frappe, c'est le sentiment d'insécurité dès que je sors seule dans la rue, et pas seulement en soirée. Même la journée, je me sens en danger potentiel, surtout depuis que je vis à Bruxelles. En tant que femme, je peux me faire accoster par un gros lourd, reluquer, apostropher, voire agresser. Eh oui, tout ça parce que j'appartiens au sexe "faible". C'est inacceptable. Pourquoi un homme pourrait-il se promener en ville en tout tranquillité et pas nous? Pourquoi les gens - les hommes - se permettent-ils de nous parler alors qu'on ne leur a rien demandé? Pourquoi n'avons-nous pas le droit de nous balader en paix? 

C'est ce qu'on appelle le harcèlement de rue. Oui, tout de suite les grands mots, certains diront, mais, est-ce vraiment une exagération? Sophie Peeters a réalisé un documentaire qui a fait le tour de la francophonie, au moins, et qui a prouvé à quel point le harcèlement de rue est présent. De même que le site Paye ta Shnek, où les femmes peuvent poster ce qu'un homme leur a dit alors qu'elles se baladaient en rue. Alors, pourquoi beaucoup de personnes considèrent-elles encore que le harcèlement de rue est un mythe? Pourquoi minimiser le phénomène et traiter les filles de paranos? 

Un petit exemple personnel: je suis allée au théâtre avec des ami(e)s et puis nous sommes allé(e)s sur la Grand-Place de Bruxelles pour papoter et boire un petit verre. Vers 00h30, je contacte mon petit-ami pour qu'il vienne me chercher (il avait proposé, alors j'en profite), et il me dit de l'attendre près du Quick. J'attends depuis seulement quelques instants, quand deux types, un nain (il était plus petit que moi, chose rare) et un autre type, m'abordent, alors que je suis en train d'écrire un sms. Je ne relève pas la tête en entendant le sempiternelle "Eh mademoiiiiselle!" et je continue d'écrire. Le nain, devant mon absence de réponse, ne semble pas comprendre le message, et se poste devant moi en réitérant sa magnifique formule de politesse. Voyant que je l'ignore toujours, il dit "Ouais, il faut répondre, hein!", puis, heureusement, il se casse. Mais s'il avait continué, j'aurais sûrement relevé la tête en lui décochant l'un de mes plus beaux regards meurtriers. Tout ça pour dire qu'on ne peut même pas écrire de sms tranquillement! 

Et le pire dans tout ça, c'est que ce genre d'événément est tellement fréquent, surtout dans une grande ville comme Bruxelles, que ça en devient vraiment pathétique. Les hommes ne peuvent-ils donc pas draguer une fille normalement, genre dans un bar, en soirée? Pourquoi se sentent-ils obligés d'envahir notre espace vital et ne nous laissent-ils pas en paix? Pourquoi nous traitent-ils de pute ou de salope quand on ne leur répond pas/n'est pas intéressées? Je ne comprends pas ces comportements, mais ça m'afflige.

 

Ensuite, j'aborde un sujet plus sensible: le viol et la culture du viol. En Belgique, il y aurait eu plus de 4000 viols commis en Belgique en 2011, selon le Vif. Ca fait plus de 10 par jour. Mais que veulent dire ces chiffres? Après tout, la plupart des victimes de viol ont peur d'aller à la police - seulement un viol sur cinq est suivi d'une plainte selon SOS Viol. Pourquoi? Plusieurs raisons expliquent cela: craintes de représailles, honte, crainte de ne pas être cru(e) et aussi un manque de renseignements face aux procédures. De plus, on estime que seul 4% des violeurs sont inculpés. Génial. C'est ce qui s'appelle de la justice! J'ajouterai aussi, mais ça, ce n'est que mon avis personnel, que les peines pour ce genre de crime sont trop légères (comme toutes les peines pour des crimes graves, soit dit en passant). C'est joyeux, dites-moi! Mais, vous n'avez pas encore entendu le pire. Oui, le pire est à venir: dans 80% des cas, la victime connaît son violeur, et c'est ce que montre le poignant Tumblr Je connais un violeur. Des chiffres accablants qui me font perdre foi en l'humanité. 

 

Mais, ce qu'il y a de plus révoltant dans tout ça, c'est ce qu'on appelle le slut-shaming, une tendance généralisée qui vise à critiquer une fille qui s'habille de manière un peu trop "osée", qui couche à gauche à droite, etc. Cette tendance est fortement liée, à mon sens, à la culture du viol. J'ai lu beaucoup de témoignages de jeunes filles qui sont allées à la police après un viol et qui se sont vues demander "Comment est-ce que vous étiez habillée?" et si on a le malheur de répondre une mini-jupe, on nous rétorque que c'était de notre faute. NOTRE FAUTE? Pas celle de l'agresseur, la nôtre? Et quoi, on est censées être résponsables du comportement du monde entier? Et puis quoi encore?! On a quand même le droit de s'habiller comme on veut, jusqu'à preuve du contraire... 

Cependant, cette tendance est encore plus pernicieuse que ça, parce que même les femmes pratiquent le slut-shaming entre elles. Eh oui, qui n'a jamais critiqué la manière dont une fille s'habille, se comporte, ses relations, etc.? C'est malheureux, mais c'est vrai. En plus d'être écrasées par la société, les filles s'écrasent entre elles. 

 

C'est tout de même aberrant de voir des choses pareilles, non? Mais alors, pourquoi n'en parle-t-on presque jamais? Pourquoi les médias ne mettent-ils jamais ces problématiques en avant (sauf le génialissime magazine en ligne Madmoizelle), pourquoi faut-il attendre qu'il y ait des histoires atroces, avec des morts, pour qu'on en parle sérieusement? C'est inacceptable. Il faut réagir et changer les mentalités. Il n'est pas normal qu'une victime soit culpabilisée, il n'est pas normal qu'une femme, parce qu'elle est une femme, est exposée au harcèlement constant, il n'est pas normal qu'une femme ne puisse pas faire ce qu'elle veut de son corps, de sa vie, tout ça parce que la société a une image d'elle stéréotypée et bien ancrée dans les mentalités.

Tout cela doit changer, ne doit plus être banal. Cela se fait en informant et en éduquant les gens. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là qu'enfin les choses vont bouger. Mais les politiques n'en ont rien à faire, alors c'est au citoyen de s'impliquer.